Un souffle d'espoir sur l'avenir...
Le 1er juin, un certain nombre de pontes du Parti Socialiste, de courants divers, parfois opposés, se sont rassemblés pour réfléchir à l'avenir.
Par avenir, il faut bien entendu entendre "Congrès du parti à l'automne" et "désignation du nouveau Secrétaire national".
Je dois avouer être très enthousiaste à l'idée d'un nouveau pôle, celui des "Reconstructeurs", celui de la "Toisième Voie".
Enfin l'accent est replacé sur les valeurs qui nous unissent et que nous souhaitons défendre.
Enfin les discours parlent de "gauche" et de "consensus".
Exit les ambitions personnelles, exit les batailles sémantiques autour du mot "libéralisme"...
Exit Ségolène Royal, en laquelle je n'ai jamais cru.
Exit Bertrand Delanoë, auquel j'ai pu croire un moment mais qui, de plus en plus, semble tout autant éloigné de la phraséologie traditionnelle.
Place à un courant nouveau !
Mais peut-on être vraiment aussi enthousiaste que cela ?
Les "Reconstructeurs", c'est d'abord et avant tout un groupe hétéroclite, composé de membres de l'aile gauche du PS, de traditionnalistes, et de membres sociaux-démocrates, pour ne pas dire
"sociaux-libéraux". C'est un assemblage artificiel de personnalités et d'idées historiquement opposées : DSK, Fabius, Montebourg (qui a délaissé Ségolène), Martine Aubry...
Alors quel avenir pour cette nouvelle entité ?
1) Quel programme mettre en oeuvre ? Il est évident que le premier risque, dans de telles conditions, est celui de n'aboutir, d'un point de vue théorique et programmatique, à rien de satisfaisant,
à rien de cohérent. Pourtant, si les stratégies diffèrent, les valeurs sont communes.
2) Quelles perceptions du monde ? Pour prolonger l'idée évoquée précédemment, il faut s'interroger sur les perceptions économiques des différents courants impliqués : si un consensus peut naître
assez rapidement sur des points aussi divers que l'éducation ou la justice sociale, il en sera peut-être autrement sur des points plus sensibles mais non moins importants, comme l'économie.
3) Quel objectif ? Il faut espérer que ce pôle des "Reconstucteurs" n'a pas pris forme que pour s'opposer au (si médiatique) duel annoncé entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. Il est tout de
même étrange de retrouver soudainement côte à côte les adversaires d'hier, en particulier Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Il est étonnant d'y retrouver aussi ceux dont les prétentions
s'affichaient, certes mollement, dans les couloirs de Solférino. Il faut espérer qu'il ne s'agit pas que d'un artifice pour permettre, sous couvert d'une stratégie collective, aux stratégies
individuelles de s'épanouir.
4) Quel danger ? Après la défaite aux élections présidentielles, après la victoire inexploitée des élections municipales, l'heure est à la rénovation, à la reconstruction. Il faut se méfier de tout
combat interne, fratricide, qui déchirerait un peu plus le Parti, qui le saignerait plus profondément.
5) Quelles alliances ? Les sympathisants et militants socialistes prônent un retour aux valeurs traditionnelles du socialisme, de la "gauche". Quelle sera la place de cette gauche au sein de cette
union "des gauches", dont certains représentants sont ouvertement favorables à un rapprochement avec le centre-droit de François Bayrou et son feu Mouvement Démocrate ?
6) Quel leader ? C'est probablement la question à laquelle il est le plus difficile de répondre : Qui pour mener la barque ? DSK laissera-t-il sa place à Fabius, et inversement ? Montebourg, jeune
loup aux dents longues ne voudra-t-il pas se frayer un chemin ? Martine Aubry, victorieuse à Lille grâce à une alliance avec le Modem et pourtant ovationnée lors du meeting, peut-elle rassembler
derrière son nom les travailleurs déçus des 35 heures ?
7) Quel présidentiable ? La question n'a pas encore été posée clairement au sein du Parti Socialiste : le futur secrétaire national aura-t-il vocation à être le prochain candidat socialiste aux
élections présidentielles ? Si oui, les "Reconstructeurs" sauront-ils s'unir, durant les 9 mois qui restent derrière un même nom, qu'ils assumeront de porter et de soutenir pendant les 4 années à
venir ?
Je loue l'initiative des "Reconstructeurs". Je place beaucoup d'espoirs en leur travail et en leurs capacités à refonder la gauche. Mais cette initiative pose presque plus de questions qu'elle
n'apporte de réponses.
Je suis très sceptique sur leur capacité à rassembler des courants qui se déchirent.
Je suis très sceptique sur leur capacité à rénover l'idée d'un socialisme traditionnel attendu par un grand nombre de personnes, certes de gauche, mais désorientées.
Pourtant, en 1971, Mitterrand l'avait fait... mais c'était Mitterrand.
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