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Daniel Wisniewski, président du Nouvel Elan Portois, vient de publier sur le blog du NEP un excellent article qui nous invite à une réflexion sur la ville de Saint-Nicolas-de-Port que nous souhaitons pour demain. Je me permets de partager ici le fruit de ses réflexions.
La peur ou l'espoir ?
La peur car les résultats des élections présidentielles nous ont donné un coup sur la tête, autant aux citoyens de droite qu’aux citoyens de gauche. La montée du FN a libéré la parole et ouvert la boîte de Pandore. Elle nous ramène aussi en arrière, à des moments où notre pays a fait de mauvais choix, ça c’est inquiétant.
Cette montée n’est pas arrivée par hasard et était visible depuis de nombreux mois. J’avais fait il y a deux mois une déclaration après la fin du Conseil Municipal de St Nicolas de Port. J’avais clairement dit que mon expérience au sein de la Confédération Générale du Logement, qui m’amenait à aider les personnes en difficultés de logement ou de surendettement, me faisait côtoyer des familles et des citoyens qui étaient au bord du rejet de notre société, de nos valeurs républicaines et de nos institutions. La souffrance qu’ils vivaient au quotidien et le manque d’attention et de projets à leur égard de la part de la classe politique étaient en train de les détruire, de leur faire perdre la notion de cohésion sociale. Parmi les couches sociales les plus en difficultés, il n’est pas rare non plus de rencontrer tous les maux qui font des ravages dans notre société, ravages autant personnels que sociaux (la drogue, la prostitution, les maladies non soignées par manque d’argent, les logements dégradés, les enfants avec des scolarités difficiles ou des difficultés éducatives…) Et tout ceci s’accompagne dans notre commune d’un niveau d’incivilités et d’actes délictueux assez important. Alors pourquoi s’étonner aujourd’hui que ces citoyens aient choisi la seule arme qui leur reste, une arme en plus dont ils ont conscience qu’elle fera mouche ? J’ai un certain mépris envers ceux qui aujourd’hui versent des larmes de crocodile sur cet évènement. Tous les signaux étaient au rouge depuis longtemps pour que la classe politique s’en empare avant que l’incendie ne soit à tous les étages. Mais non, on a préféré nous parler du permis de conduire et de la viande hallal !
Maintenant, à Saint Nicolas de Port, les évènements sont plus graves car ce vote a mis le FN en tête. Pourtant à Saint Nicolas, nous n’avons pas de problème de banlieue, pas d’immigration massive et incontrôlée, pas d’insécurité liée à des sans-papiers … mais nous avons tout ce que je décrivais plus haut. Face à ces difficultés, la municipalité pratique une démocratie de façade, ne se privant jamais d’agressions et d’insultes à l’opposition. J’ai écrit par ailleurs que la pire des fautes pour l’équipe majoritaire était d’être opposant. A aucun moment nous n’avons eu la sensation d’avoir ensemble avec eux les mêmes valeurs républicaines et démocratiques. Ils ont trusté tous les postes de la commune, ils ne diffusent que de l’information parcellaire et à l’extrême limite du timing prévu par la loi. Tout cela pour empêcher le travail de l’opposition. Le dernier Conseil Municipal a été de ce point de vue stupéfiant : insultes et hurlements sur l’opposition ont bouleversé le cours du Conseil Municipal. Pour M Binsinger le « cultivons le vivre-ensemble » qu’il exprime dans le bulletin municipal c’est éliminer tout ce qui est différent. La peur de la différence, cela ne vous rappelle rien ? Ce ne sont pas des thèses à la mode en ce moment ?
Alors tout cela ne fait que décrire. Restons-nous dans la peur ou installons-nous l’espoir ?
Nous avions en France quelque chose que nous partagions en commun, droite et gauche, il y a quelques années : c’était notre art de vivre. Il y avait consensus sur les valeurs qui étaient héritées du Conseil National de la Résistance : couverture sociale, services publics à la française, écoles, protection des libertés, fraternité avec les gens opprimés, liberté de la presse. Nous avons inventé, nous français, l’idée du droit d’ingérence c'est-à-dire amener de l’aide aux peuples en difficultés malgré leurs dirigeants. Et puis, la mondialisation est arrivée que nous n’avons pas réussi à la gérer. Notre histoire a enfermé nos dirigeants depuis plus de dix ans dans des relents du passé. Il aurait fallu faire des choix financiers audacieux mais la droite libérale en a fait d’autres. Elle a développé l’idée que le travail coûtait de l’argent (alors qu’il produit des richesses !!!) C’est aussi imbécile que de donner des farines animales à manger aux vaches ! Alors ils ont taillé en pièces les retraites, la couverture sociale, les services publics, les droits syndicaux.
Qui a payé l’addition ? Pas les riches qui sont devenus encore plus riches. Pas la finance qui pompe dans les finances publiques pour se renflouer. Pas une certaine classe politique qui vit « à la colle » avec la classe possédante. Non, ceux qui ont payé l’addition ce sont les gens du peuple : les ouvriers des entreprises qui ont fermé et qu’on a jetés comme des « kleenex » usagés, les gens fragiles qui survivaient grâce à la solidarité, les petits artisans et commerçants qui ont fermé boutique, les paysans qui ont été étranglés par les banques …. Et on s’étonne aujourd’hui que ces citoyens prennent un autre chemin que celui des valeurs républicaines ? Mais on est proche de l’inconscience et de l’irresponsabilité voire du cynisme !
Il y avait d’autres choix à faire choix qui auraient préservé notre art de vivre et nos valeurs : et si on n’avait pas fabriqué autant d’armes et d’équipements nucléaires militaires ? Et si on n’était pas allé faire la guerre aux quatre coins du monde ? Et si on arrêtait de se prendre pour le nombril du monde en entretenant des représentations à l’étranger comme au XIX siècle ? Et si on arrêtait de subventionner une classe politique complètement déconnectée du réel en limitant les mandats et en obligeant les élus à être aussi des participants de la société civile. Et si l’Etat arrêtait de se prendre pour une monarchie ? Et si on faisait payer les riches à la même hauteur que la grande majorité des français ? Que d’argent on pourrait utiliser à la solidarité et au fonctionnement des services publics !
On nous donne en exemple, pour nous culpabiliser, l’Allemagne : mais est-ce-que l’Allemagne dépense autant que nous dans ces domaines ?
Dans notre commune c’est la même analyse. Nous avons un maire qui ne vit pour l’essentiel que de la politique. Que sait-il des difficultés des Portois les plus en difficultés? Que connaît-il du monde du travail et du service public ? Et que de dépenses somptuaires dans notre commune ? Est-ce que tout l’argent dépensé dans des fêtes grandioses de St Nicolas, ou dans les dépenses de réception de l’équipe majoritaire n’aurait-il pas pu être mieux employé par exemple dans le fonctionnement des services aux personnes ? Ou dans les écoles ? Ou dans pour les associations dont on sait qu’elles fabriquent toutes du lien social ? Est-ce que l’image des conseillers et du maire insultant et invectivant avec outrance les conseillers de l’opposition donnent l’image d’une république dont les acteurs sont unis sur les mêmes valeurs ? Nous voyons à longueur de Conseil Municipal des conseillers, maire et adjoints de l’Equipe majoritaire qui pianotent sur leur téléphone portable à s’envoyer des sms ou faire, sur les réseaux sociaux, des remarques désobligeantes sur l’opposition. C’est cela la démocratie ? C'est cela les valeurs de la république?
Comment s’étonner ensuite que des citoyens fassent d’autres choix de valeurs que les nôtres ?
La République est une idée qui se construit au jour le jour. Quand on n’y pense plus, quand on défend plus son intérêt qu’elle, alors elle meurt. D’autres la tuent dans notre dos. C’est ce qui vient d’arriver.
Mais j’ai l’espoir. Espoir que ces élections réveillent ce qu’il y a de meilleur en nous. Espoir que le personnel politique à tous les étages de notre pays prenne conscience de ce qui vient d’arriver et redevienne altruiste comme il n’aurait jamais du cesser de l’être. Espoir que François Hollande devienne le président du changement et d’une nouvelle manière d’appréhender notre société. Espoir qu’il respecte l’opposition, si celle-ci ne tire pas le débat vers le caniveau. Espoir que tous les citoyens de France qu’ils soient jeunes, riches et en bonne santé ou bien vieux, pauvres et malades placent la solidarité, la fraternité et la liberté comme les vraies valeurs de notre pays. Espoir aussi que tous les français acceptent l’idée que la protection sociale de notre pays est un progrès immense et qu’il nous faut la défendre bec et ongles contre les requins de la finance et contre ceux qui nous rabattent les oreilles que les français sont des fainéants qui ne veulent pas travailler. La couverture sociale des français et le bon fonctionnement des Services publics c’est cela l’assurance tous risques contre les maux et les dérives de notre société. C’est cette destruction qui a engendré ce que nous sommes devenus et causé notre perte dimanche. Ne nous trompons pas d’analyse.
J’ai cet espoir.
Daniel WISNIEWSKI
Président du Nouvel Elan Portois.