Mon intervention lors du conseil municipal du 06 juillet 2009, sur la
délibération visant à déposer "Saint Nicolas" comme marque auprès de l'INPI.
Monsieur le Maire
Nous nous réjouissons de voir que le Conseil Municipal de Saint-Nicolas-de-Port sait faire preuve de réactivité et de promptitude dans la prise de décisions extrêmement urgentes : nous en
voulons pour preuve la réunion de ce soir, quelques jours seulement après la tenue du dernier conseil municipal, avec un seul point d'urgence capitale à l'ordre du jour, qui justifie encore
mieux, si besoin était, notre refus de cautionner votre dernière proposition d'attribution de nouvelles délégations.
Au sujet de la marque "Saint Nicolas ®", nous ferons quelques remarques :
1) Il est inadmissible d'avoir été informés du projet d'abord par voie de presse. Vous confirmez par là le peu de cas que vous faites de l'avis du Conseil Municipal en annonçant comme
établie, par la voix des médias, une décision qui n'est pas encore entérinée.
2) Nous trouvons inadmissible d'être soumis aux décisions de votre nouvel ami Rossinot. Il nous semble important de rappeler que le nom de Saint-Nicolas-de-Port et le partenariat avec
notre commune ont été ajoutés durant la séance même du conseil municipal nancéien. D'après une source fiable au sein du conseil municipal de Nancy, ce partenariat n'avait en outre même pas été
évoqué durant les commissions.
3) D'un point de vue national et international, nous trouvons inadmissible que Nancy et Saint-Nicolas-de-Port s'approprient le nom de « Saint Nicolas ». Qu'en pensent les communes de
Saint-Nicolas dans le Pas-de-Calais ou Saint-Nicolas en Belgique ou au Québec, communes dont nous nous apprêtons à usurper le nom ? Qu'en pensent toutes les villes qui possèdent « Saint
Nicolas » dans leur nom : Port-Saint-Nicolas, Saint-Nicolas d'Aliermont, Saint-Nicolas-de-la-Grave, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, etc ?
4) Toujours d'un point de vue national et international, comment peut-on s'arroger des droits sur une fête traditionnelle qui va bien au-delà des limites de notre commune ou de notre
bassin de vie ? La fête de Saint Nicolas est un événement international, célébrée annuellement non seulement en Alsace, mais également en Lorraine, en Nord-Pas-de-Calais, et plus loin, en
Belgique, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, en République Tchèque, en Suisse et en Croatie. Il ne nous appartient pas de posséder de manière particulière un nom
qui relève d'un patrimoine commun.
5) D'un point de vue régional, Saint Nicolas est affiché comme le patron des Lorrains et, à ce titre, nous trouvons également inadmissible que la délibération qui nous est soumise ce soir soit
une initiative locale et non régionale. C'est faire peu de cas des autres Lorrains que de s'attribuer des droits sur ce nom de la région. Faut-il y sentir ici les relents de la croisade
malsaine menée par M. Hénard contre nos amis messins ?
6) Un prétexte risible a été longuement relayé dans la presse : empêcher l'utilisation abusive du nom par des vendeurs de produits dérivés peu scrupuleux, risque dont on nous cite un
seul cas précédent. Il y aura toujours des petits malins pour contourner les lois, car leur imagination sera toujours bien plus grande que la nôtre !
7) Nous trouvons inadmissible que des droits mercantiles soient déposés sur le nom d'un personnage historique appartenant à notre patrimoine commun. Nous rejoignons sur ce point
l'Académie de Saint-Nicolas, présidée par M. Tritschler, académie qui est l'émanation des trois plus importantes associations nicolaïennes de Lorraine (la confrérie Saint-Nicolas de Yutz,
instituée en 1650, les Amis de Saint-Nicolas-des-Lorrains, créés en 1956, Connaissance et renaissance de la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, fondée en 1973) et qui a dénoncé officiellement
cette opération de "merchandising". Le patrimoine culturel n'est pas un produit de marchandisage, ce n'est pas une offre de consommation. Une telle initiative nous semble dangereuse pour la
pérennité même des fêtes de la Saint Nicolas, car la personne morale détentrice de la marque pourra distribuer à sa guise les autorisations.
Pour nous, posséder « Saint Nicolas ® » en tant qu'objet, c'est abandonner le patrimonial et culturel au profit du mercantile et c'est NON.
A l'occasion de ce Conseil Municipal urgentissime on a beaucoup entendu l'Equipe Municipale de droite se réfugier derrière les mots de partage et de protection pour tenter de justifier cette demande de copyright sur Saint-Nicolas.
Mais en fait, ce n'était qu'un discours politique et de la politique la plus libérale qui soit :
- Cette demande n’est-elle pas en fait une opération d’attaque (ou de contre attaque ?) de Mrs Rossinot et Hénard (qui sont allés chercher la caution « historique » du maire de St Nicolas de Port) pour contrer l’action du Président Socialiste de la Région ?
- Le discours tenu par l’équipe en place était libéral en ce sens qu’il veut transformer sans vergogne un patrimoine commun en argent .
- Au fait, une vraie politique de partage n’aurait-elle pas été déposer le nom pour ensuite le donner gratuitement comme patrimoine de la région ou des régions car ailleurs qu’en Lorraine on a cette tradition. Le partage c’est donner et non pas garder pour soi !
- Cette discussion, ce soir ressemblait un peu à celle qui a eu lieu il y a quelque temps entre des personnes qui voulaient déposer un copyright sur les gènes du corps humain et les défenseurs de la notion de patrimoine commune avec toute l’humanité : là on est dans le partage. La propriété est personnelle, le patrimoine est une notion universelle.
- Mettre un copyright sur Saint Nicolas, toute proportion gardée, cela me rappelle l’épisode de la bible appelé « Les marchands du temple ». Certains vont devoir faire de grandes contorsions idéologiques pour expliquer cela autour d’eux !!!
- Ce libéralisme n’a aucun scrupule, aucune honte ni aucune morale. Il est capable de prendre possession du futur pour ses intérêts d’aujourd’hui. Il représente la droite la plus obtue, celle qui n’a encore pas tiré les leçons de la crise que nous traversons. Elle veut ouvrir les magasins le dimanche, déréguler nos services publics, nous couper nos retraites : du bling, bling pour eux et du travail précaire pour nous.
Contre cela, une seule solution faire de la politique mais de la vraie politique. Celle qui défend les intérêts des gens que cette société méprise celle qui permet aux personnes de comprendre ce que nos dirigeants font en notre nom. Lutter pour le changement à Saint Nicolas de Port comme au plan national voilà un bon projet.